Pour qui n’est jamais allé en Australie, il faut savoir que le pays attire chaque année des millions de touristes. Entre avril 2008 et avril 2009, il y a eu 5,6 millions d’arrivées de visiteurs sur le territoire australien, ce qui représente 25% de la population australienne (20 400 000 habitants). Comment en serait-il autrement avec ces paysages de cartes postales, un climat doux et ensoleillé toute l’année, une culture très anglo-saxonne et un contexte politique stable ?
Pour mieux comprendre l’ampleur du sujet, un chiffre : 79 milliards AU$. C’est ce qu’a apporté l’industrie du tourisme à l’économie australienne en 2007 ! Vous l’aurez bien compris, le tourisme est une des industries clés en Australie.
Les premiers touristes en Australie sont les Australiens eux-mêmes. Etant donné la superficie du pays (une fois et demi la taille de l’Europe), les Australiens ne sont pas en reste de diversité quand à leur type de vacances. Entre plages ou montagne, océan ou désert, complexe hôtelier ou camping, ville ou campagne, l’Australien peut se satisfaire de tout cela sans jamais quitter son cher pays.
De même, les touristes étrangers sont très présents. L’Australie est une des dix destinations touristiques mondiales. Le nombre de touristes étrangers a été multiplié par 20 depuis 1975. Le gouvernement australien a mis en place une politique de visa très accueillante et agréablement facile. Notamment le Working Holiday Visa a permis, en 2007/2008, à 154 148 jeunes de 18 à 30 ans de passer une année (renouvelable) en Australie. Ce visa attire notamment les voyageurs qui souhaitent profiter de leur séjour longue-durée en Australie pour travailler et s’intégrer à la culture du pays.
Toutefois, les touristes australiens ont une particularité. La plupart d’entre eux sont itinérants. Qu’il soit en visite pour deux semaines ou 1 an, qu’il soit australien ou non, le touriste en Australie va bouger, soit en avion, en voiture, ou en train. La taille du pays est donc le plus grand défis du voyageur responsable. D’ailleurs, les touristes organisent leur séjour sur ce mode itinérant en louant des camping-cars, ou vans aménagés. Les prix varient et séduisent tous les budgets. Les Australiens également, sont des grands adeptes du caravaning et du camping, qui se déclinent sous toutes ses formes. De plus, la faible densité du pays, particulièrement au centre, et à l’ouest, fait que ce mode de transport donne l’avantage de dormir n’importe où, avec tout le nécessaire pour survivre en plein bush pendant plusieurs jours.
Un autre défi du voyageur en Australie est le climat très rude. Selon le poète australien, Les Murray, l’Australie ne connaît que deux saisons, la sécheresse et l’inondation. Les grandes chaleurs notamment poussent les voyageurs à utiliser la climatisation pour affronter des températures bien souvent au-delà des 40° C (en été, dans le sud du pays, et toute l’année dans le nord du pays) et à consommer beaucoup d’eau.
Enfin, l’avion est également très prisé car rapide et à moindre coût pour avaler en quelques heures plus de 4000 kms.
C’est peu dire que « voyager responsable » prend ici tout son sens. Alors, face à ces enjeux très impactants sur l’environnement et le climat, comment la société australienne (gouvernement, associations, professionnels du secteur et particuliers) agissent pour sensibiliser les voyageurs à l’éco-tourisme?
Quelles sont les bonnes pratiques de l’éco-tourisme en Australie ?
Tout d’abord, la réglementation en la matière se caractérise à travers les programmes de certification. L’Eco Certification Program (aussi appelé Nature and Ecotourism Accredition Program) est le premier programme national d’accréditation à avoir été créé dans le monde. Mis en place dès 1996, les trois principaux types de produits accrédités sont les tours organisés, les sites et centres de sensibilisation et les logements écologiques. Ce programme fut lancé par l’association Eco tourism Australia, une organisation non gouvernementale australienne qui regroupe les professionnels du secteur du tourisme depuis 1991. Ainsi 260 opérateurs du tourisme proposent des tours ou des logements éco certifiés à travers l’Australie qui se déclinent sous 3 types de labels selon leur engagement : Le label tourisme-nature, le label éco-tourisme, et le label avancé éco-tourisme.



Les associations et professionnels agissent également via la sensibilisation des voyageurs, notamment dans les hôtels, auberges de jeunesse et camping. Le thème le plus ciblé est sans conteste la consommation d’eau. Dans ce pays où la sécheresse et le désert dominent, où la plupart des cours d’eau sont asséchés, et les nappes phréatiques diminuées (Depuis 2008, les habitants du sud-est du Queensland ne peuvent plus boire que de l’eau recyclée car leur principale nappe phréatique n’est plus qu’à 20% de sa capacité !), la consommation d’eau dans l’industrie du tourisme est un enjeu incontournable. De nombreuses régions sont soumises à des restrictions d’eau, notamment depuis 2006, quand l’Australie a connu la pire sécheresse de son histoire. Dans les campings et hôtels, la sensibilisation est de mise grâce aux affiches et stickers qui rappellent sans cesse d’économiser l’eau (sous la douche, pendant la vaisselle, et pour le nettoyage des bateaux, caravanes, et camping-cars). De même, dans certaines auberges de jeunesse YHA (Youth Hostels Association), on retrouve les « 10 astuces pour l’environnement » (« 10 environmental tips ») pour sensibiliser les voyageurs à la consommation d’eau mais aussi à la consommation d’électricité et au tri des déchets recyclables.
Concernant les déchets justement, dans l’état du Western Australia, des poubelles pour les canettes et les bouteilles sont situées aux endroits stratégiques (bars, campings, plages…) pour récupérer l’aluminium, le plastique et le verre et les traiter pour une deuxième vie.

Enfin, sur un plan plus sociétale du développement durable mais néanmoins important, la sécurité routière, une petite astuce très appréciée par les conducteurs : Un café est offert au conducteur dans certaines « Roadhouses » (station service en plein milieu du bush) pour lutter contre la fatigue au volant.

Ces actions anecdotiques ne sont pas exhaustives. Ce sont celles que j’ai vu régulièrement durant notre voyage et qui par leur simplicité forcent à être respectées.
Le gouvernement participe aussi à la sensibilisation, notamment en gérant les espaces naturelles protégés. 13 biens sont inscrits sur la liste du Patrimoine mondial, soit une superficie totale de 42,6 millions d’hectares. Ils contiennent tous une valeur universelle exceptionnelle, culturelle, historique, naturelle, géologique. La plupart d’entre eux sont également des parcs nationaux comme « Uluru- KataTjuta » en Australie Centrale ou « Kakadu » près de Darwin dans le Territoire du Nord, la Grande Barrière de Corail et les étendues sauvages en Tasmanie. Au total, l’Australie compte 516 parcs nationaux qui couvrent 3,42 % de la superficie totale qui sont enregistrés sous les législations fédérales et des Etats. Ils sont gérés par le ministère de l’environnement qui emploi de nombreux Ranges et bénévoles pour veiller au respect des lieux. La plupart des parcs sont payants mais leur prix reste attractif (9$/entrée, souvent basé sur un système de confiance : la voyageur dépose son argent à l’entrée du parc dans une sorte de boîte aux lettres). On peut y camper, randonner, ou les traverser en voiture ou avec des tours organisés.

kakadu
Ces parcs participent réellement à la sensibilisation des voyageurs car les principaux lieux touristiques sont situés dans un parc national (la grande barrière de corail, la forêt tropical du Duntree, Uluru, Kakadu, le désert du Kimberley, les Blue Mountains…). Le voyageur en entrant dans ces sanctuaires s’engagent à respecter la nature et à ne pas la dégrader.
Face à ces engagements, quelle est la réaction des voyageurs ?
La plupart d’entre eux semble conscient des impacts de leur activité touristique sur l’environnement. Mais pas encore assez. L’argument économique prime sur l’argument écologique notamment chez les voyageurs backpackers, qui préfèreront voyager dans un vieux van Toyota des années 1980 et qui privilégieront les offres de tours moins chers et non certifiés. De même, le voyageur responsable devra renoncer à utiliser un 4X4, pourtant indispensable pour visiter une partie du pays, et se privera donc d’une partie des parcs nationaux les plus spectaculaires. Les Australiens utilisent eux-mêmes énormément le 4×4 et le camping-car, et certains d’entre eux ont un petit bateau de pêche pour les vacances.
Alors forcément, l’Australie, ce n’est pas simple pour le voyageur responsable. A quoi ca sert d’aller jusque là-bas, si c’est pour se priver de visiter et voir des paysages reconnus mondialement pour leur beauté et leur intérêt unique ? Toute la contradiction du tourisme écologique se retrouve dans cette problématique. Alors, oui, bien sûr, la meilleure façon de ne pas polluer, c’est évidemment de ne pas voyager ! Mais, à partir du moment où l’on choisit de voyager, il faut bien sûr se dire que l’on va impacter l’environnement. Impacter mais le moins possible, tout en profitant de son séjour Down Under.
Il est toujours possible de réaliser le tour de l’Australie à pied, à vélo ou a dos de chameaux comme nous l’avons vu au cours de notre séjour. Mais étant donné les 40°C constants, mieux vaut avoir de l’entraînement, une bonne résistance, et beaucoup, beaucoup de temps ! Mais même dans ce cas, il faut quand même prendre au moins deux avions pour arriver jusqu’en Australie…Une des solutions mises en place pour apaiser nos consciences torturées par ce dilemme, c’est la compensation. En Australie, la compensation des émissions de CO2 émises pour les transports notamment est très en vogue. Les compagnies aériennes australiennes (Qantas, Jet Star, Virgin Blue) proposent de compenser le trajet à l’achat du billet d’avion. Même les locations de voiture, de camping-cars et de vans proposent de compenser les émissions émises par les trajets routiers. Enfin, de façon plus anecdotique, on peut également boire du vin neutre en carbone au vignoble Clairault à Margaret River (l’exploitant viticole réalise un bilan carbone annuel et compense ses émissions de CO2) !
On peut aussi choisir de faire un voyage différent. Voyager autrement en privilégiant les rencontres, en approfondissant la découverte d’une région au lieu de parcourir toute l’Australie en 2 semaines pour en voir le plus possible (Imagineriez-vous visiter toute l’Europe en 2 semaines ?), et en choisissant de ne pas s’installer dans un complexe hôtelier de la Gold Coast en bord de mer…
Une des possibilités très populaire en Australie pour réaliser ce type de voyage, c’est le HelpXchange. Il s’agit d’un organisme qui permettent à des voyageurs de passer du temps chez des australiens, d’être nourris, logés, blanchis en échange de quelques heures de travail quotidiennes. Il s’agit très souvent d’exploitations agricoles, ou de Bed&Breakfast, et cela permet au voyageur de partager le quotidien d’australiens du bush, bien loin de l’image doré des surfeurs de la côte est. Encore mieux, il existe également un organisme spécialisé dans les projets d’échange dans des fermes biologiques, le Wwoofing. Voici, un moyen économique et écologique de découvrir la culture de l’outback australien !!


Enfin, pour combler vos envies de bougeottes et de découvertes, il est toujours possible de le faire en covoiturage (beaucoup de sites et de forums internet proposent des lifts pour voyageurs), en bus hop-on and hop-off, ou en train (très long, couteux et désuet mais un choix qui permet de découvrir tout le charme de l’Australie d’antant, des cow-boys aux chercheurs d’or).