How can we dance when our earth is turning ?

octobre 1, 2009 par greenbenefit

How do we sleep when our beds are burning ? The time has come …

Ce refrain, vous l’avez peut-être entendu aujourd’hui à la radio dans une nouvelle version interprétée par des stars du monde entier…  En effet, c’est aujourd’hui que sort sur les ondes et sur internet (téléchargeable gratuitement) le single « Beds are Burning »  à deux mois de la conférence de Copenhague sur le climat pour sensibiliser et mobiliser l’opinion publique mondiale aux enjeux climatiques et obtenir un accord à la hauteur de l’urgence écologique.

Une pléiade de stars s’est réunie, sous la houlette de Kofi Annan (Prix Nobel de la Paix en 2001 et précédent secrétaire général des nations unis) pour soutenir la campagne intitulée « tck tck tck time for climate justice » et reprendre en chanson le titre légendaire des Midnight oils.

Milla Jovovich

Milla Jovovich

Ainsi, des acteurs comme Marion Cotillard, Mélanie Laurent ou Guillaume Canet côté frenchy, poussent la chansonette auprès de chanteurs, acteurs, d’hommes d’influences (Desmond Tutu cotoie Lily Allen, Amadou et Mariam ou encore Duran Duran…) venus de tous les continents sur ce tube rock des années 80 qui n’a pas pris une ride.

Cette campagne est bien différente des précédents singles sortis pour mobiliser autour d’une cause. Dans sa gestion et son organisation, et à bien des égards, c’est une campagne de mobilisation innovante et inventive…

Chaque téléchargement « clic » ou écoute sera comptabilisé afin de constituer une pétition musicale virtuelle qui sera présentée aux dirigeants des gouvernements présents à la table des négociations au sommet de Copenhague. C’est une nouvelle forme de mobilisation qui s’instaure sur internet, où les pétitions, les forums et les blogs avaient déjà une grande place dans l’action collective. Ici, la mobilisation tient en une écoute de chanson ou un téléchargement, et non pas en une signature ou une diatribe polémique sur les pages d’un forum politique ..

Certes, cela permet de mobiliser au plus grand nombre, bien au-delà des simples usuels des pétitions on-line,  en touchant les amateurs de musique et les curieux du phénomène médiatique, mais cela ne permet pas une vérification juridique du nombre de « clic » par personne…Plus encore, la personne qui « clic » sait-elle toujours qu’elle s’engage dans une action collective qu’est la pétition musicale virtuelle ??

C’est le 26 juin dernier que Kofi Annan, Bob geldof et David Jones ont officiellement lancé la campagne lors du Festival International de la Publicité à Cannes. Au son des aiguilles d’une horloge, ils ont lancé un appel aux annonceurs et agences de communication du monde entier pour qu’ils rejoignent la cause climatique. Car derrière cette chanson se cache une véritable campagne marketing au service de la sensibilisation.

« Tck, tck, tck » a désormais son logo que les marques peuvent librement adoptées et apposées sur leur campagne de publicité.

Logo

L’objectif : « recréer des liens entre les industriels et la cause écologique, entre la vie du consommateur et celle du citoyen ». D’ailleurs, le single a été enregistré par la maison de disque The Hours, qui fait parti du groupe de communication HAVAS Worldwide. Et pour ajouter à ce lien avec le milieu de la communication, le lancement officiel de la campagne s’est déroulé à Paris, aux Galleries Lafayettes.

Leslie Dubest, directrice de la création de The Hours explique : « Nous contribuons, par le biais du vecteur émotionnel universel qu’est la musique, à diffuser ce message et à créer un impact mesurable autour de la conférence de Copenhague ». Et Alexande Sap, directeur et co-fondateur de The Hours de poursuivre : « Nous avons le devoir d’utiliser nos compétences pour essayer de changer les modes de vie et la façon d’interagir avec notre environnement. Le monde de la communication et de la publicité excelle à modifier le comportement des gens, et désormais, il va jouer un rôle déterminant dans la prise de conscience autour d’un enjeu vital. »

Au delà de l’enjeu de mobilisation autour de Copenhague, la campagne ‘Climate for justice » de Kofi Annan souhaite sensibiliser sur le fait que ce sont les populations les plus pauvres de la planète qui sont bien souvent les plus exposées aux dangers du changement climatique et sont donc les plus menacées de disparition. Ce phénomène est déjà une réalité au Bangladesh par exemple.

Un site internet a également été crée (http://www.timeforclimatejustice.org/) où un compte à rebours est mis en place jusqu’à la conférence de Copenhague. On peut y acheter les objets promotionnels (pin’s, bracelet, pendentif) ou faire un don à l’organisation.

Pin's Tck Tck Tck

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Je sens qu’une question vous brûle les lèvres…Pourquoi parler de cela dans mon blog sur les bonnes pratiques de développement durable en Australie, me direz-vous… et bien, parce que les Midnight Oil sont…Australiens! Le single sorti  en 1987, connu un succès international. « Beds are burning » est une chanson politique et engagée en faveur des droits des aborigènes et qui milite pour leur droit à récupérer leurs terres (land back policy). Cette chanson clotura la cérémonie des JO de Sydney en 2000 où le groupe, vêtu de noir, avait inscrit sur leurs habits ‘SORRY », en référence au refu du premier ministre de l’époque, John Howard, à demander pardon au peuple aborigène pour la politique de colonisation australienne.

Beds are burning

Beds are burning

Enfin, dernier petit clin d’oeil sympathique : le chanteur des Midnight Oils, Peter Garrett est aujourd’hui le ministre de l’environnement australien du gouvernement travailliste de Kevin Rudd!

Peter Garrett

Peter Garrett

Tourisme Responsable en Australie : impressions de voyage

juillet 8, 2009 par greenbenefit

Pour qui n’est jamais allé en Australie, il faut savoir que le pays attire chaque année des millions de touristes. Entre avril 2008 et avril 2009, il y a eu 5,6 millions d’arrivées de visiteurs sur le territoire australien, ce qui représente 25% de la population australienne (20 400 000 habitants). Comment en serait-il autrement avec ces paysages de cartes postales, un climat doux et ensoleillé toute l’année, une culture très anglo-saxonne et un contexte politique stable ?

Pour mieux comprendre l’ampleur du sujet, un chiffre : 79 milliards AU$. C’est ce qu’a apporté l’industrie du tourisme à l’économie australienne en 2007 ! Vous l’aurez bien compris, le tourisme est une des industries clés en Australie.

Les premiers touristes en Australie sont les Australiens eux-mêmes. Etant donné la superficie du pays (une fois et demi la taille de l’Europe), les Australiens ne sont pas en reste de diversité quand à leur type de vacances. Entre plages ou montagne, océan ou désert, complexe hôtelier ou camping, ville ou campagne, l’Australien peut se satisfaire de tout cela sans jamais quitter son cher pays.

De même, les touristes étrangers sont très présents. L’Australie est une des dix destinations touristiques mondiales. Le nombre de touristes étrangers a été multiplié par 20 depuis 1975. Le gouvernement australien a mis en place une politique de visa très accueillante et agréablement facile. Notamment le Working Holiday Visa a permis, en 2007/2008, à 154 148 jeunes de 18 à 30 ans de passer une année (renouvelable) en Australie. Ce visa attire notamment les voyageurs qui souhaitent profiter de leur séjour longue-durée en Australie pour travailler et s’intégrer à la culture du pays.

Toutefois,  les touristes australiens ont une particularité. La plupart d’entre eux sont itinérants. Qu’il soit en visite pour deux semaines ou 1 an, qu’il soit australien ou non, le touriste en Australie va bouger, soit en avion, en voiture, ou en train. La taille du pays est donc le plus grand défis du voyageur responsable. D’ailleurs, les touristes organisent leur séjour sur ce mode itinérant en louant des camping-cars, ou vans aménagés. Les prix varient et séduisent tous les budgets. Les Australiens également, sont des grands adeptes du caravaning et du camping, qui se déclinent sous toutes ses formes. De plus, la faible densité du pays, particulièrement au centre, et à l’ouest, fait que ce mode de transport donne l’avantage de dormir n’importe où, avec tout le nécessaire pour survivre en plein bush pendant plusieurs jours.

Un autre défi du voyageur en Australie est le climat très rude. Selon le poète australien, Les Murray, l’Australie ne connaît que deux saisons, la sécheresse et l’inondation. Les grandes chaleurs notamment poussent les voyageurs à utiliser la climatisation pour affronter des températures bien souvent au-delà des 40° C (en été, dans le sud du pays, et toute l’année dans le nord du pays) et à consommer beaucoup d’eau.

Enfin, l’avion est également très prisé car rapide et à moindre coût pour avaler en quelques heures plus de 4000 kms.

C’est peu dire que « voyager responsable » prend ici tout son sens. Alors, face à ces enjeux très impactants sur l’environnement et le climat, comment la société australienne (gouvernement, associations, professionnels du secteur et particuliers) agissent pour sensibiliser les voyageurs à l’éco-tourisme?

Quelles sont les bonnes pratiques de l’éco-tourisme en Australie ?

Tout d’abord, la réglementation en la matière se caractérise à travers les programmes de certification. L’Eco Certification Program (aussi appelé Nature and Ecotourism Accredition Program) est le premier programme national d’accréditation à avoir été créé dans le monde. Mis en place dès 1996, les trois principaux types de produits accrédités sont les tours organisés, les sites et centres de sensibilisation et les logements écologiques. Ce programme fut lancé par l’association Eco tourism Australia, une organisation non gouvernementale australienne qui regroupe les professionnels du secteur du tourisme depuis 1991. Ainsi 260 opérateurs du tourisme proposent des tours ou des logements éco certifiés à travers l’Australie qui se déclinent sous 3 types de labels selon leur engagement : Le label tourisme-nature, le label éco-tourisme, et le label avancé éco-tourisme.

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Les associations et professionnels agissent également via la sensibilisation des voyageurs, notamment dans les hôtels, auberges de jeunesse et camping. Le thème le plus ciblé est sans conteste la consommation d’eau. Dans ce pays où la sécheresse et le désert dominent, où la plupart des cours d’eau sont asséchés, et les nappes phréatiques diminuées (Depuis 2008, les habitants du sud-est du Queensland ne peuvent plus boire que de l’eau recyclée car leur principale nappe phréatique n’est plus qu’à 20% de sa capacité !), la consommation d’eau dans l’industrie du tourisme est un enjeu incontournable. De nombreuses régions sont soumises à des restrictions d’eau, notamment depuis 2006, quand l’Australie a connu la pire sécheresse de son histoire. Dans les campings et hôtels, la sensibilisation est de mise grâce aux affiches et stickers qui rappellent sans cesse d’économiser l’eau (sous la douche, pendant la vaisselle, et pour le nettoyage des bateaux, caravanes, et camping-cars). De même, dans certaines auberges de jeunesse YHA (Youth Hostels Association), on retrouve les « 10 astuces pour l’environnement » (« 10 environmental tips ») pour sensibiliser les voyageurs à la consommation d’eau mais aussi à la consommation d’électricité et au tri des déchets recyclables.

Concernant les déchets justement, dans l’état du Western Australia, des poubelles pour les canettes et les bouteilles sont situées aux endroits stratégiques (bars, campings, plages…) pour récupérer l’aluminium, le plastique et le verre et les traiter pour une deuxième vie.

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Enfin, sur un plan plus sociétale du développement durable mais néanmoins important, la sécurité routière, une petite astuce très appréciée par les conducteurs : Un café est offert au conducteur dans certaines « Roadhouses » (station service en plein milieu du bush) pour lutter contre la fatigue au volant.

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Ces actions anecdotiques ne sont pas exhaustives. Ce sont celles que j’ai vu régulièrement durant notre voyage et qui par leur simplicité forcent à être respectées.

Le gouvernement participe aussi à la sensibilisation, notamment en gérant les espaces naturelles protégés. 13 biens sont inscrits sur la liste du Patrimoine mondial, soit une superficie totale de 42,6 millions d’hectares. Ils contiennent tous une valeur universelle exceptionnelle, culturelle, historique, naturelle, géologique. La plupart d’entre eux sont également des parcs nationaux comme « Uluru- KataTjuta » en Australie Centrale ou « Kakadu » près de Darwin dans le Territoire du Nord, la Grande Barrière de Corail et les étendues sauvages en Tasmanie. Au total, l’Australie compte 516 parcs nationaux qui couvrent 3,42 % de la superficie totale qui sont enregistrés sous les législations fédérales et des Etats. Ils sont gérés par le ministère de l’environnement qui emploi de nombreux Ranges et bénévoles pour veiller au respect des lieux. La plupart des parcs sont payants mais leur prix reste attractif (9$/entrée, souvent basé sur un système de confiance : la voyageur dépose son argent à l’entrée du parc dans une sorte de boîte aux lettres). On peut y camper, randonner, ou les traverser en voiture ou avec des tours organisés.

kakadu

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Ces parcs participent réellement à la sensibilisation des voyageurs car les principaux lieux touristiques sont situés dans un parc national (la grande barrière de corail, la forêt tropical du Duntree, Uluru, Kakadu, le désert du Kimberley, les Blue Mountains…). Le voyageur en entrant dans ces sanctuaires s’engagent à respecter la nature et à ne pas la dégrader.

Face à ces engagements, quelle est la réaction des voyageurs ?

La plupart d’entre eux semble conscient des impacts de leur activité touristique sur l’environnement. Mais pas encore assez. L’argument économique prime sur l’argument écologique notamment chez les voyageurs backpackers, qui préfèreront voyager dans un vieux van Toyota des années 1980 et qui privilégieront les offres de tours moins chers et non certifiés. De même, le voyageur responsable devra renoncer à utiliser un 4X4, pourtant indispensable pour visiter une partie du pays, et se privera donc d’une partie des parcs nationaux les plus spectaculaires. Les Australiens utilisent eux-mêmes énormément le 4×4 et le camping-car, et certains d’entre eux ont un petit bateau de pêche pour les vacances.

Alors forcément, l’Australie, ce n’est pas simple pour le voyageur responsable. A quoi ca sert d’aller jusque là-bas, si c’est pour se priver de visiter et voir des paysages reconnus mondialement pour leur beauté et leur intérêt unique ? Toute la contradiction du tourisme écologique se retrouve dans cette problématique. Alors, oui, bien sûr, la meilleure façon de ne pas polluer, c’est évidemment de ne pas voyager ! Mais, à partir du moment où l’on choisit de voyager, il faut bien sûr se dire que l’on va impacter l’environnement. Impacter mais le moins possible, tout en profitant de son séjour Down Under.

Il est toujours possible de réaliser le tour de l’Australie à pied, à vélo ou a dos de chameaux comme nous l’avons vu au cours de notre séjour. Mais étant donné les 40°C constants, mieux vaut avoir de l’entraînement, une bonne résistance, et beaucoup, beaucoup de temps ! Mais même dans ce cas,  il faut quand même prendre au moins deux avions pour arriver jusqu’en Australie…Une des solutions mises en place pour apaiser nos consciences torturées par ce dilemme, c’est la compensation. En Australie, la compensation des émissions de CO2 émises pour les transports notamment est très en vogue. Les compagnies aériennes australiennes (Qantas, Jet Star, Virgin Blue) proposent de compenser le trajet à l’achat du billet d’avion. Même les locations de voiture, de camping-cars et de vans proposent de compenser les émissions émises par les trajets routiers. Enfin, de façon plus anecdotique, on peut également boire du vin neutre en carbone au vignoble Clairault à Margaret River (l’exploitant viticole réalise un bilan carbone annuel et compense ses émissions de CO2) !

On peut aussi choisir de faire un voyage différent. Voyager autrement en privilégiant les rencontres, en approfondissant la découverte d’une région au lieu de parcourir toute l’Australie en 2 semaines pour en voir le plus possible (Imagineriez-vous visiter toute l’Europe en 2 semaines ?), et en choisissant de ne pas s’installer dans un complexe hôtelier de la Gold Coast en bord de mer…

Une des possibilités très populaire en Australie pour réaliser ce type de voyage, c’est le HelpXchange. Il s’agit d’un organisme qui permettent à des voyageurs de passer du temps chez des australiens, d’être nourris, logés, blanchis en échange de quelques heures de travail quotidiennes. Il s’agit très souvent d’exploitations agricoles, ou de Bed&Breakfast, et cela permet au voyageur de partager le quotidien d’australiens du bush, bien loin de l’image doré des surfeurs de la côte est. Encore mieux, il existe également un organisme spécialisé dans les projets d’échange dans des fermes biologiques, le Wwoofing. Voici, un moyen économique et écologique de découvrir la culture de l’outback australien !!

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Enfin, pour combler vos envies de bougeottes et de découvertes, il est toujours possible de le faire en covoiturage (beaucoup de sites et de forums internet proposent des lifts pour voyageurs), en bus hop-on and hop-off, ou en train (très long, couteux et désuet mais un choix qui permet de découvrir tout le charme de l’Australie d’antant, des cow-boys aux chercheurs d’or).

Les feux de brousse en Australie vus par Thomas Keneally

juillet 7, 2009 par greenbenefit

Un superbe article de l’écrivain australien (La Liste de Shindler) sur les feux qui ont ravagé l’état du Victoria en Février 2009. Paru dans le Gardian, il a été repris dans le Courrier International en Mai.

FUNESTES EMBRASEMENTS

« Face aux feux gigantesques qui consument hommes, animaux, maisons, ainsi que petits et grands trésors, faire un rappel historique a peut-être quelque chose d’indécent. En avril 1770, le capitaine Cook, dépassant une pointe de terre dans le nord de la Nouvelle-Galles du Sud à bord de son trois-mâts, l’Endeavour, aperçut les épaisses fumées d’un feu de bush allumé par des Aborigènes pour débusquer les animaux. Il baptisa l’endroit Smoky Cape [Cap enfumé].

Depuis des millénaires, l’homme allume des feux savamment maîtrisés comme celui aperçu par James Cook sur les côtes australiennes, avec des buts tout autres que celui de semer le chaos. Il s’agissait d’effrayer les animaux pour qu’ils sortent du bush, de brûler les arbres morts et d’ouvrir des clairières dans la savane pour chasser les marsupiaux (kangourou, wallaby, etc.). Mais ces feux avaient aussi pour objectif de favoriser la germination de plantes ne poussant que sur des terres brûlées. L’anthropologue Rhys Jones appelle cette pratique le “fire-stick farming” (brûlis). Certains la rendent responsable de la disparition de la “mégafaune australienne” (dont le lion marsupial géant, le mégawombat au prodigieux tour de taille ou le kangourou géant, plus géant encore que Magic Johnson), dont j’ai pu montrer quelques reproductions à ma petite-fille l’autre jour à l’Australian Museum de Sydney.

Ces brûlis volontaires et séculaires pratiqués par les Aborigènes ne sont pas si éloignés des incendies qui ravageaient l’Etat de Victoria au début de 2009. Ils sont à l’origine de la question la plus ouvertement et la plus passionnément débattue qu’ont soulevée les terribles incendies de la région de Melbourne : le brûlis tel que le pratiquaient les premiers Australiens (ce qu’un autre spécialiste appelle le “mosaic burning”, l’incendie “mosaïque” de parcelles réduites, une à la fois) peut-il se révéler bénéfique et être réalisé efficacement et en toute sécurité ? Tel est le débat complexe qui a fait rage dans de nombreux foyers australiens [en février dernier] alors que défilaient sous nos yeux effarés les images des ravages causés par les flammes à Maryvale, Kinglake et ailleurs.

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Derrière ces élans de compassion se cache la conscience égoïste – que nous avons tous – qu’un jour ou l’autre un sort semblable nous attend. Je ne suis qu’à une demi-heure de voiture du centre de Sydney ; pourtant, ma maison est isolée d’un parc national de création relativement récente, sur la North Head [pointe nord] de la baie de Sydney, par une “route coupe-feu” et un mur de pierres. Au temps de l’Australie coloniale, les observateurs décriaient ce bush si non européen qui se refusait obstinément à satisfaire les sensibilités de l’hémisphère Nord. C’est précisément ce que nous adorons aujourd’hui dans notre brousse. Flânant hier sous la pluie dans le bush, près de chez moi, j’ai vu les cônes noirs du banksia, qui brûlent si bien dans le feu. J’ai vu les eucalyptus gorgés de résine qui peuvent non seulement se consumer avec ardeur, mais parfois exploser en crachant du feu. J’ai vu des niaoulis au tronc recouvert de plusieurs couches de lambeaux d’écorce à l’allure de papyrus, la base ensevelie sous des tas de cette “écorce papier” [l’arbre s’appelle paperbark tree en anglais], des malukas débordant de résine inflammable. Autant de combustible neutralisé par la pluie lors de mon passage. La pluie tombait, les inondations menaçaient sur la côte de la Nouvelle-Galles du Sud, au moment même où l’Etat de Victoria était dévoré par les flammes. Voilà qui semblait donner raison au poète australien Les Murray, pour qui l’Australie ne connaît que deux saisons : la sécheresse et l’inondation.

Ces immolations périodiques sont-elles inévitables ?

Le seul Etat de Victoria a connu au fil du temps de nombreux incendies meurtriers, qu’on a baptisés de noms tels que le Red Tuesday [Mardi rouge], l’Ash Wednesday [Mercredi des Cendres], le Black Thursday, le Black Friday ou le Black Saturday [Jeudi, Vendredi, Samedi noir]. En ce “Vendredi noir” de 1939, la température à Melbourne, la capitale de l’Etat, avait atteint 45,6 °C, et 71 personnes perdirent la vie – le “Mercredi des Cendres” de 1983 : 43 °C et 75 victimes. Les incendies que nous avons connus cette année ont été marqués par une température à Melbourne de 46,4 °C et plus de 200 victimes. Il n’y a là aucune preuve irréfutable du changement climatique. Constatons simplement que cette température évoque davantage l’Afrique équatoriale qu’une ville à laquelle ses mornes hivers valent le surnom de “Bleak City” [ville froide, venteuse, lugubre].

Un jour, dans un avenir pas si lointain, alors qu’il pleuvra sur l’Etat de Victoria, notre bush à nous partira dans les fumées d’une Semaine noire. Il existe un indéniable voyeurisme dans tout cela, une sorte de “Merci mon Dieu, ce n’était pas pour nous”. “Les feux de bush poursuivent leurs ravages”, annonce un titre sur le site Internet du Sydney Morning Herald.

Brûler ou ne pas brûler, la question va au-delà de la réflexion théorique pour les Australiens. Même si l’on planche sur les feux de bush à la Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation [l’équivalent du CNRS] et dans la plupart des universités, les chercheurs sont divisés. Avec cette interrogation récurrente : ces immolations périodiques sont-elles inévitables ?

Mon illustre compatriote Germaine Greer [polémiste, essayiste, scénariste, universitaire] appartient au “mosaic burning”. Selon cette école de pensée, une fréquence élevée de brûlis réduit la quantité de “combustible” dans les forêts en cas de grand incendie. Lors d’une réception donnée à Londres, à la mi-février, par les Amis britanniques du Flying Doctor Service [service aérien d’assistance médicale aux habitants de l’intérieur de l’Australie], Germaine Greer [qui vit désormais à Londres] déclarait : “Ce n’était pas pour rien que les Aborigènes déclenchaient des feux […]. A chaque saison, la forêt sclérophylle [de type méditerranéen, typique du bush] se densifie, et d’importantes quantités de détritus qui tombent et s’amoncellent doivent être brûlées pour laisser la place à une nouvelle croissance végétale.” Il est incontestable que, des forêts d’eucalyptus, tombent à longueur d’année de véritables avalanches d’écorces et de feuilles : elles produisent du combustible en permanence. Et Germaine Greer est prête à soumettre à l’expérience sa propre propriété australienne, dans le bush. “Si l’on met le feu une fois tous les cinq ans, ce sera un peu moche pendant six mois. Mais vous verrez aussi sortir de terre des orchidées et toutes sortes de fleurs sauvages d’une grande rareté.” C’est d’ailleurs ce que recommande aux agriculteurs un manuel des autorités australiennes sur les incendies. “On constate le plus souvent une dégradation du bush en cas d’absence prolongée de feu.”

Bûlis dans Northern Territory entre Katherine et Kunnunura, mai 2009

Bûlis dans Northern Territory entre Katherine et Kunnunura, mai 2009

Néanmoins, il y a bien des questions politiques à propos desquelles nous avons des motifs légitimes de nous plaindre. Un système national d’alerte précoce en cas de catastrophe naturelle n’a jamais été mis en place et, de l’aveu même du vice-Premier ministre Mme Julia Gillard, il “se fait attendre depuis des années”. Le gouvernement fédéral et les Etats se disputent pour savoir à qui en reviendrait la charge financière, et la question est restée entière durant le long mandat de l’ancien chef de gouvernement John Howard. Son successeur, Kevin Rudd, arrivé relativement récemment, promet aujourd’hui de présenter une loi.

L’intérieur de l’Australie plongé dans la sécherresse

On promet également des mesures pour permettre à Telstra, le premier opérateur australien de télécommunications, d’envoyer des messages d’alerte sur tous les téléphones du pays, initiative impossible jusqu’alors, plutôt parce qu’on redoutait un monopole que par négligence en matière de prévention. Et, dans cet esprit de contradiction typiquement australien, alors que le député de la région se félicitait que le pire incendie – qui a détruit de nombreuses écoles – ait eu lieu un samedi (alors que celles-ci étaient vides) et qu’il proposait que des abris anti-incendie soient installés sous toutes les écoles à risque, d’autres ont souligné qu’étant donné la capacité des flammes à consommer l’oxygène ces abris seraient des tombeaux. Vous voyez, deux cent vingt et un ans ont passé [depuis la colonisation européenne], et nous ne savons toujours pas quoi faire.
Il y a aussi la pyromanie, autre fait éternellement indissociable des flammes mais qui suscite toujours dans le monde politique des déclarations ébahies et solennelles, ainsi que la promesse de sanctions toujours plus sévères. Aussi incompréhensible, mortelle et condamnable qu’elle puisse nous paraître, il nous faudra toujours la prendre en compte. C’est un phénomène contre lequel les meilleures pratiques psychiatriques et les peines d’emprisonnement les plus sévères ne nous protégeront jamais – un phénomène qu’il faut ajouter aux autres forces de la nature dans toutes nos modélisations. En parler comme d’une exception à la règle, ainsi qu’aiment à le faire nos acteurs politiques, est parfaitement irréaliste. Car, sans vouloir trop insister sur ce point sensible, l’Australie est un véritable rêve de pyromane. Le bush appelle le feu comme un amant sa maîtresse. Nous nous vantons déjà tellement d’avoir les araignées, les serpents et les méduses les plus venimeux du monde que je répugne à affirmer que nous aurions aussi les conditions les plus mortellement propices aux incendies. La Californie connaît des embrasements pour le moins remarquables ; mais on remarquera que la nécessité là-bas, en raison des risques sismiques, de doter les toits de bardeaux de bois rend les constructions californiennes plus vulnérables, là où nous pouvons nous permettre le luxe de matériaux non combustibles comme le métal ou la terre cuite. Et, que nos feux soient les pires ou non, nous en sommes bien là.

Il ne s’agit peut-être que de touches impressionnistes, mais il me semble que cette catastrophe a ébranlé les sceptiques du changement climatique. Comme avec El Niño, qui subitement (autour de Noël, d’où son nom) se met à substituer à nos eaux tièdes les eaux froides venues du Pérou et plonge l’intérieur de l’Australie dans la sécheresse, les étés se font par ailleurs plus dépressionnaires, provoquant des trombes d’eau censées stimuler la croissance végétale avant que tout ne sèche sur pied sous le coup de vagues de chaleur caniculaire. J’ai coutume de brandir l’exemple de Nome, en Alaska, aux yeux de quiconque exprime des doutes sur les manifestations du changement climatique par ici. Certes, Nome se trouve bien loin de l’Australie, mais, l’été dernier, ma femme et moi y avons vu un certain nombre de voiliers – au gréement fort convenable, mais sans rien d’exceptionnel – qui y étaient arrivés par le passage du Nord-Ouest [entre l’Atlantique et le Pacifique, via les îles arctiques du Canada]. Ces bateaux avaient donc parcouru sans encombre un itinéraire qui avait mis en échec le capitaine Cook au XVIIIe siècle et coûté la vie à sir John Franklin et à tous les membres de son expédition au XIXe. Cela n’est possible qu’en raison de la fonte des glaces dans l’Arctique.

Et puis, au début de l’année, mon petit-fils et moi avons embarqué avec d’autres personnes pour un survol des côtes de l’Antarctique et du pôle Sud magnétique. A bord, un scientifique nous a montré des zones de fonte, bleues et clairement visibles, apparues à la surface de la pointe d’une barrière de glace, symptôme radicalement nouveau et inédit de la montée des températures. Et, entre ces deux régions, on a l’Australie et ses interminables sécheresses, ses tempêtes violentes et ses catastrophes atroces, son bush séculaire et magnifique aux habitants bien différents de ceux de l’Europe, au charme aussi unique qu’on peut le rêver, à l’étrangeté inégalable – prêt à cracher du feu.

L’auteur

Thomas Keneally, né à Sydney en 1935, entre au séminaire à 17 ans, mais quitte l’Eglise huit ans plus tard pour se consacrer à l’enseignement, puis à l’écriture. Lauréat en 1967 du Miles Franklin, le Goncourt australien, il publie en 1972 The Chant of Jimmy Blacksmith, son premier succès international. Il raconte l’histoire vraie d’un Aborigène métis qui, rejeté par la société blanche à laquelle il s’identifie, se venge en devenant meurtrier. Son plus grand succès, La Liste de Schindler (1982), lui vaudra le prestigieux Booker Prize. Kevin Rudd, l’actuel Premier ministre australien, a offert à Obama un exemplaire dédicacé de la biographie de Lincoln signée par Keneally lorsque les deux hommes se sont rencontrés pour la première fois.

Blog en vacances

avril 22, 2009 par greenbenefit

Durant les deux prochains mois, je n’aurai accès à internet que de manière très limitée. Au programme : la découverte du Top End (Nord de l’Australie) et de la côte ouest australienne.

Je continuerai le blog à mon retour, et vous ferai partager mes  impressions sur le développement durable en Oz et les bonnes pratiques que j’ai pu découvrir pendant le voyage. Et sûrement, un article sur les voyages responsables en Australie !

A bientôt!

Laure

Pour en savoir plus sur l’Australian way of life…

avril 7, 2009 par greenbenefit

Je vous conseille cette émission, disponible sur le site de France 2, en suivant le lien suivant: http://oeil-sur-la-planete.france2.fr/51412833-fr.php

« Un oeil sur ma planète » a consacré son numéro de Février sur l’Australie et présente différents aspects de la société australienne, en se posant LA question : L’Australie est-il le pays de la chance ?

Les différents reportages reflètent assez bien la vie en Australie, en pointant les bons aspects de la » cool attitude » australienne, mais aussi les aspects plus controversés. L’Australie apparaît aux yeux du monde comme un pays où tout semble possible, où la réussite est à la portée de chacun…pour qui s’en donne les moyens. Mais c’est aussi un pays rude, dû  à un climat inhospitalier, à des distances impressionnantes, ou encore à l’isolation du pays par rapport au reste du monde.

Une idée des distances

Une idée des distances

Leur histoire (récente) et leur situation géographique font que les Australiens ont développé une mentalité unique, caractérisée par les « no-worries », un profond patriotisme, et ou le collectif semple primer sur l’individualisme dans bien des aspects. Néanmoins, est-ce pour autant le pays de la chance ?

Le premier reportage nous fait partager la vie d’une famille typique australienne a Sydney. Puis, nous sommes enmenés dans le Western Australia, le Far West de l’Australie, avec ses mines a ciel ouvert de fer, de zinc, d’opale, ou encore d’or, dans des paysages dignes du film Mad Max…Le troisième reportage aborde la question de l’immigration en Australie, société multiculturelle. Et enfin, le dernier reportage, mais pas des moins intéressants, pointe les grands défis environnementaux du pays en expliquant les conséquences désastreuses de la sécheresse qui dure depuis 10 ans (notamment pour les agriculteurs, mais aussi pour la faune et la flore locale) et dont les récents incendies dans le Victoria en sont l’illustration.

Un autre aspect de la société, qui n’est pas abordé dans le reportage,  concerne la « solidarité » des australiens, face aux menaces. Il faut savoir qu’en Australie, il y a très peu d’insécurité, les villes sont très sûres, et les habitants très honnêtes, voire un peu naïf (globalement, ne généralisons pas tout de même…). Ainsi, par exemple, personne ne fraude les transports en commun, le centre-ville est trés sûr même aux heures les plus tardives de la nuit, les policiers peu présents (ou peu visibles), les australiens toujours prêts à aider. Ce climat contribue à la très bonne qualité de vie.

Jusque là, pas de problèmes. Mais voilà, depuis Février, on peut voir cette affiche sur les arrêts de bus de Sydney (et de toute l’Australie également).

dsc_00341Cette affiche, sur laquelle on peut lire « Keep Australia safe, Keep the information flowing » est une affiche gouvernementale qui incite les bons australiens à appeler une Hot-line s’ils sont témoins de quelque chose jugé d’anormal. On peut y lire notamment « C’est inhabituel pour lui de recevoir des livraisons comme ça, surtout à cette heure de la nuit », ou « Je connais une personne qui télécharge des documents de sites suspicieux », ou encore « j’ai entendu qu’ils planifiaient quelque chose, je préfère vous le faire savoir »…

Etant un peu surprise, j’en ai parlé à mes collègues australiens sur mon lieu de stage, pour savoir si pour eux c’était normal d’appeler les autorités si leur voisin télécharge illégalement des films par exemple…et bien, oui! Pour eux, il s’agit de garder ce climat sécurisé, et il n’y a rien de plus normal. C’est un devoir. Alors bien sûr, ils m’ont aussi expliqué que s’ils divulguent une information erronée, ils seront poursuivis, et devront payer une amende (pour éviter de commérer sur son voisin!). De même, dans plusieurs quartiers, on peut lire une affiche « Neighbourhood is watching ». Les voisins s’entraident et se relayent pour surveiller les rues du quartier et prévenir des rodeurs.

Alors là voilà cette contre-partie à ce sentiment de sécurité : une société Big Brother. Partout, s’il arrive qu’on fasse quelque chose qui n’est pas à faire, un australien vient aussitot vous voir pour vous le dire et si possible le rapporter aux autorités compétentes. Partout, les australiens observent, surveillent, rapportent…pour tout et rien.

Alors, à quel prix une société sûre? Où est la limite ?